Dans des laboratoires où l'air vibre avec des systèmes de refroidissement et où les instruments brillent faiblement dans la demi-lumière, les physiciens poursuivent une conversation silencieuse avec la matière elle-même. C'est un dialogue qui se déroule depuis plus d'un siècle—depuis le premier moment en 1911 où des scientifiques ont découvert que, sous un froid intense, certains matériaux permettent à l'électricité de passer sans résistance, comme si la friction avait tout simplement disparu du monde.
Le phénomène est devenu connu sous le nom de supraconductivité, et il demeure l'une des énigmes les plus durables de la physique. Chaque décennie a porté la même question silencieuse : jusqu'à quelle chaleur ces conducteurs parfaits peuvent-ils devenir avant que l'ordre délicat à l'intérieur d'eux ne se dissolve ?
Récemment, cette question s'est rapprochée un peu plus de sa réponse.
Des chercheurs de l'Université de Houston et du Texas Center for Superconductivity ont rapporté un nouveau record de supraconductivité à pression atmosphérique ordinaire. Dans leurs expériences, un matériau à base de mercure et d'oxyde de cuivre a atteint une température de transition supraconductrice de 151 kelvins, soit environ −122°C, la température la plus élevée jamais atteinte pour un supraconducteur qui ne nécessite pas de pression extrême pour maintenir ses propriétés.
Pour les physiciens qui suivent le domaine depuis des décennies, ce chiffre a un poids particulier. L'ancien record à pression ambiante—133 kelvins, atteint en 1993 avec un composé connexe—était resté intact pendant plus de trente ans. Le nouveau résultat élève cette marque d'environ 18 degrés, un changement modeste sur le papier mais symboliquement significatif dans un domaine où les progrès sont souvent mesurés par de petits pas.
L'équipe de recherche a atteint ce seuil grâce à une méthode connue sous le nom de trempe sous pression. Dans cette approche, un matériau est d'abord compressé sous une pression intense pour modifier sa structure interne et améliorer son comportement supraconducteur. Tout en étant encore sous ces conditions, il est refroidi puis la pression est relâchée rapidement, verrouillant ainsi l'état amélioré pour que le matériau continue de fonctionner comme un supraconducteur sous pression atmosphérique normale.
De telles techniques sont importantes car de nombreuses températures supraconductrices les plus élevées jamais observées ont nécessité des pressions écrasantes—des millions de fois plus fortes que l'atmosphère terrestre—des conditions qui limitent l'utilisation pratique. En revanche, les supraconducteurs stables à pression ordinaire peuvent être étudiés plus facilement et potentiellement développés en technologies réelles.
Les enjeux sont considérables. Lorsque l'électricité circule à travers des fils conventionnels, une partie de l'énergie est perdue sous forme de chaleur. Les supraconducteurs éliminent complètement cette perte. Si des matériaux capables de fonctionner à des températures plus élevées deviennent pratiques, ils pourraient transformer les réseaux électriques, les systèmes d'imagerie par résonance magnétique, l'électronique à haute vitesse, et même les réacteurs de fusion expérimentaux.
Pourtant, le chemin à parcourir reste long. La supraconductivité à température ambiante—environ 300 kelvins, soit environ 27°C—reste encore loin du nouveau record. Néanmoins, les physiciens considèrent le dernier résultat comme un rappel que le chemin à suivre peut ne pas dépendre uniquement de la découverte de nouveaux matériaux, mais aussi de l'apprentissage de la stabilisation d'états inhabituels de la matière qui n'apparaissent que sous pression.
L'étude décrivant la transition supraconductrice à 151 kelvins a été publiée en mars 2026 dans les Proceedings of the National Academy of Sciences. La recherche a été menée par des physiciens, dont Ching-Wu Chu et Liangzi Deng, au Texas Center for Superconductivity de l'Université de Houston.
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Sources
Science News Université de Houston Proceedings of the National Academy of Sciences The Quantum Insider AcademicJobs Research News
Publié par Banx Network. Cet article fait partie du programme de médias décentralisés Banx, propulsé par le jeton BXE sur le XRP Ledger.




